La plus prestigieuse appellation, petite et intégralement plantée, et dominée par quelques grands domaines : peu de choses bougent. Les vins sont plutôt fermés et austères dans leur jeunesse avant de se révéler et c'est alors parfois exceptionnel. Dans un repas j'adore opposer un Hermitage et une Côte rôtie du même millésime, bien que le climat et notamment la pluviométrie ne soit pas totalement identique.
La garde est assurée, que ce soit en rouge ou en blanc, et d'ailleurs la longévité de l'Hermitage blanc est étonnante.
Une seule colline, à peine 136 hectares plein sud au-dessus de Tain-l'Hermitage, et pourtant l'un des noms les plus prestigieux du vin français. Au XIXe siècle, l'Hermitage comptait parmi les rouges les plus chers du monde, au point qu'on « hermitageait » les grands bordeaux, coupés d'un peu d'Hermitage pour gagner en corps. Le secret tient à la mosaïque de la colline : l'arène granitique des Bessards pour les rouges les plus profonds, les galets et le calcaire du Méal ou de La Chapelle pour des vins plus solaires. Ces lieux-dits n'ont aucun statut officiel, mais les amateurs les connaissent par cœur. La colline doit son nom à l'ermite qui, dit la légende, s'y serait retiré au XIIIe siècle.
Hermitage se mérite : la colline est minuscule et déjà toute plantée, rien ne s'agrandit, alors les tarifs démarrent autour de 52 € et dépassent volontiers 100 € pour les grandes cuvées. Les millésimes 2019 à 2023 forment le cœur de la cave, en rouge (syrah) comme en blanc (marsanne et roussanne). C'est un vin de très longue garde : dix à trente ans pour les rouges des grands millésimes, davantage encore pour les sommets. Quant aux blancs, souvent fermés dans leur jeunesse, ils demandent de la patience avant de s'épanouir, et leur longévité surprend.
Cinq domaines à la hauteur du lieu. Delas possède des parcelles sur Les Bessards et en tire une cuvée de référence, réservée aux grands millésimes ; Tardieu-Laurent, négociant-éleveur, façonne son Hermitage à partir de vieilles vignes choisies avec soin ; le Domaine du Colombier, la famille Viale à Tain, vinifie sa colline en propre depuis 1991. Laurent Fayolle, à Gervans, en signe une version plus confidentielle, conduite en bio, et Julien Pilon apporte sa recherche de fraîcheur.