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Constituer une petite cave : par où commencer ?

Pas besoin d'un château pour commencer une cave. Quelques règles simples pour stocker, garder et faire plaisir au bon moment.

Constituer une petite cave : par où commencer ?

On imagine souvent la cave à vin comme un luxe : une vaste pièce voûtée, des centaines de bouteilles poussiéreuses. La réalité est bien plus simple. Avoir une cave, ce n’est pas collectionner : c’est s’organiser pour avoir la bonne bouteille au bon moment, sans courir au magasin un vendredi soir parce que des amis s’invitent. C’est pouvoir ouvrir un vin qui a gagné en profondeur parce qu’on a su l’attendre. En somme, c’est du plaisir organisé, à la portée de tout amateur. Voici par où commencer, sans se compliquer la vie ni se ruiner.

Les quatre ennemis du vin

Avant de penser à ce que l’on garde, il faut savoir de quoi le protéger. Le vin a quatre ennemis. Le premier, et le plus redoutable, c’est la chaleur, ou plutôt ses variations : un vin qui passe sans cesse du chaud au frais vieillit mal et se fatigue vite. Mieux vaut une température un peu élevée mais stable qu’une pièce qui varie beaucoup dans la journée. Le deuxième, c’est la lumière, surtout directe : elle abîme le vin, ce pour quoi les bouteilles sont teintées et les caves, sombres.

Viennent ensuite les vibrations, qui perturbent le lent travail du vin : on évite le dessus d’un appareil qui ronronne. Enfin, l’air trop sec dessèche le bouchon, le fait se rétracter et laisse entrer l’oxygène — le début de la fin pour une bouteille de garde. C’est pour cela qu’on couche les bouteilles fermées par un bouchon de liège : le vin reste en contact avec le bouchon et le maintient humide. Retenez ces quatre points, et vous avez l’essentiel.

Où stocker quand on n’a pas de cave

La plupart d’entre nous n’ont pas de cave enterrée : ce n’est pas un problème. Le plus simple consiste à repérer chez soi l’endroit le plus frais et le plus stable : souvent un placard ou un cellier le long d’un mur nord, à l’abri de la lumière. Pour quelques bouteilles bues dans l’année, cela suffit amplement. Si vous voulez garder quelques dizaines de bouteilles dans de bonnes conditions, une armoire à vin électrique est un excellent investissement : elle maintient une température constante et une bonne hygrométrie, indépendamment des saisons.

À l’inverse, méfiez-vous des fausses bonnes idées. La cuisine est l’un des pires endroits : il y fait chaud et la température varie au gré des cuissons. Le garage subit de fortes amplitudes entre l’hiver et l’été, mais aussi entre le jour et la nuit. Quant au dessus du réfrigérateur, c’est sans doute le pire choix : chaleur, vibrations et lumière y sont réunis. Un placard frais et oublié vaudra toujours mieux qu’un emplacement pratique mais hostile.

Que mettre dedans : la règle des trois tiers

Une cave débutante n’a pas vocation à être un musée où tout dort pendant dix ans. Pour qu’elle vive et vous serve, une règle simple fait merveille : celle des trois tiers. Un premier tiers de bouteilles à boire dans l’année, des vins de plaisir immédiat que l’on ouvre sans cérémonie. Un deuxième tiers à laisser reposer deux ou trois ans, le temps qu’ils s’arrondissent. Un dernier tiers de vraie garde, des vins de caractère que l’on attend patiemment.

L’intérêt de ce découpage, c’est qu’il tourne tout seul : à mesure que vous buvez les bouteilles du premier tiers, vous les remplacez, et celles d’hier glissent doucement vers la maturité. Vous avez ainsi toujours quelque chose à ouvrir ce soir, tout en faisant mûrir une réserve pour plus tard. Pas besoin de centaines de bouteilles pour cela : une douzaine de références suffit à appliquer ce principe.

Quelques Rhône qui vieillissent bien

Tous les vins ne sont pas faits pour attendre, et c’est très bien ainsi. Dans la Vallée du Rhône, tous les crus se bonifient volontiers sur cinq à quinze ans selon le millésime et le domaine : ils gagnent en complexité, leurs tanins se fondent, et des notes de sous-bois, de cuir et d’épices enrichissent le fruit de jeunesse. Ce sont les vins à réserver au troisième tiers de votre cave, Hermitage ou Cornas ayant le plus grand potentiel au nord, et Châteauneuf du Pape au sud.

À l’inverse, les Côtes du Rhône génériques se boivent jeunes, sur leur fruit éclatant : les attendre dix ans n’a aucun intérêt, on y perdrait justement leur fraîcheur. Ce sont des vins du premier tiers.

Tenir un carnet de cave

Voilà le geste que les débutants négligent et que les amateurs aguerris ne lâchent plus : tenir un carnet de cave. Pour chaque bouteille, notez sa date d’entrée, son millésime et l’apogée estimée — la période où le vin devrait donner le meilleur de lui-même. Ce simple réflexe vous évite l’erreur la plus frustrante : oublier une bouteille jusqu’à ce qu’elle ait passé son apogée. Nul besoin d’un outil sophistiqué : un carnet papier ou un tableur suffit amplement.

Je vous dis ça mais il m’arrive de retrouver des bouteilles complètement oubliées au fond d’un casier de ma cave personnelle. Je ne risque pas d’avoir perdu grand chose, mais certaines fois c’est étonnant et excellent.

Commencer petit, mais commencer

Le plus dur, finalement, c’est de se lancer. Beaucoup attendent d’avoir « la place » ou « le budget » pour une vraie cave, et ne commencent jamais. C’est dommage, car une douzaine de bouteilles bien choisies vaut infiniment mieux qu’un grand stock subi, accumulé au hasard des promotions et des cadeaux. Mieux vaut peu de vins choisis avec intention, et que l’on connaît, qu’un amas dont on ne sait plus ni l’âge ni l’intérêt.

Pour ces premiers achats, le plus simple est de vous faire accompagner par votre caviste. Dites-lui votre budget, vos goûts, le rythme auquel vous buvez et l’espace dont vous disposez : il saura composer un premier socle équilibré, mêlant vins de plaisir immédiat et quelques flacons de garde. Vous repartirez avec une cave à votre mesure, plutôt qu’une collection impersonnelle. Et au fond, c’est là tout le plaisir : une cave, même modeste, c’est un peu de soi qu’on met de côté pour les beaux moments à venir.

Jean-Louis, caviste de la Cave Coste
Écrit par
Jean-Louis, caviste

Depuis sa cave de Tournon-sur-Rhône, il choisit, goûte et raconte les vins de la vallée du Rhône. Une conviction : un bon conseil vaut mieux qu'une belle étiquette.

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