Canicule : expéditions déconseillées mais la vente continue !
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Tresser la vigne pour mieux traverser la canicule (et ne pas la stresser)

Depuis 2016, ce qui était exceptionnel est devenu banal. Chez Paul Jaboulet Aîné, l’été 2022 a vu les vendanges commencer le 11 août, un record absolu pour le domaine. Plus…

Depuis 2016, ce qui était exceptionnel est devenu banal. Chez Paul Jaboulet Aîné, l’été 2022 a vu les vendanges commencer le 11 août, un record absolu pour le domaine. Plus de cinquante jours au-delà de 32 degrés dans la saison. Face à ce nouveau régime climatique, certains vignerons cherchent des réponses non pas dans la cave, mais dans la façon même de conduire la vigne.

La chaleur comme nouvelle norme, et les réponses limitées

Quand on cultive en coteaux, sous AOP, les options pour faire face à la chaleur sont rares. L’irrigation est interdite dans les appellations du Rhône, et sur des pentes à 35 ou 40 degrés, elle serait de toute façon techniquement impossible. Vendanger plus tôt a ses limites : cela réduit le risque de surmaturité mais ne résout pas le stress de la vigne pendant la montaison et la formation du raisin. C’est dans la conduite de la vigne elle-même que certains domaines ont cherché une réponse plus fondamentale.

Le tressage en ponts : laisser la vigne grimper

Le principe est simple à expliquer, patient à mettre en oeuvre. On laisse les sarments pousser librement, comme une plante grimpante, et on les tresse en arceaux plutôt que de les tailler court. La structure ainsi formée couvre mieux les grappes et crée de l’ombre aux heures les plus chaudes de la journée. La vigne devient son propre pare-soleil.

L’apex : le cœur de la technique

Ce qui distingue le tressage d’un simple non-rognage, c’est l’attention portée à l’apex : le bourgeon terminal de chaque rameau. En viticulture conventionnelle, on écime régulièrement les rameaux pour maîtriser la croissance. Or cette coupe déclenche automatiquement la repousse des bourgeons auxiliaires, les entrecœurs. Ces pousses secondaires sont très gourmandes en eau, précisément au moment où la vigne en manque le plus. En conservant l’apex intact, on coupe court à ce mécanisme : la plante ne repart pas dans une croissance secondaire coûteuse en eau et peut se réguler d’elle-même face à la chaleur.

La contradiction au cœur de la technique

C’est là que le tressage révèle toute sa complexité. En supprimant le rognage, on évite le déclenchement des entrecœurs et leur consommation d’eau. Mais le feuillage total de la vigne tressée est plus important qu’avec une conduite classique. Or plus de feuilles, c’est plus d’évapotranspiration : la plante transpire davantage par l’ensemble de sa surface foliaire.

On se retrouve donc devant un paradoxe : la technique réduit la consommation d’eau de stress (liée à la repousse des entrecœurs après rognage) mais augmente la consommation d’eau de base (liée à la surface foliaire plus grande). Le gain net dépend de l’équilibre entre ces deux effets, et varie selon l’intensité et la durée de la sécheresse. C’est pourquoi les domaines qui pratiquent cette conduite parlent d’une logique de long terme, pas d’une solution immédiate.

Des domaines du Rhône nord pionniers

Dans le Rhône nord, la pratique est plus répandue qu’il n’y paraît. Domaine Gonon à Mauves travaille en arceaux sur ses Saint-Joseph, sans rognage. Domaine du Tunnel de Stéphane Robert et Jean-Louis Chave sur l’Hermitage ont adopté des approches similaires. Jaboulet formalise aujourd’hui la démarche sous le nom de “tressage en ponts” et en documente les effets sur le long terme.

Ce mouvement n’est pas propre au Rhône. Domaine Leroy en Bourgogne en est pionnière depuis 1999, Château Palmer l’expérimente à Bordeaux, Louis Roederer en Champagne. Mais sur les coteaux granitiques du nord du Rhône, où la main d’oeuvre est déjà très sollicitée sur des pentes raides et étroites, la technique demande un engagement particulier. Ceux qui la pratiquent le font par conviction, pas par facilité.

Pour conclure

Ce qui est intéressant dans cette démarche, c’est qu’elle ne cherche pas à forcer la vigne à résister à la chaleur. Elle cherche à lui rendre sa capacité naturelle de régulation, en intervenant moins, mais en intervenant mieux. La contradiction hydrique qu’elle porte en elle est honnête : ce n’est pas une solution magique. C’est une piste sérieuse, portée par quelques-uns des meilleurs vignerons du Rhône nord, dans un vignoble qui n’a pas d’autre choix que d’apprendre à composer avec une chaleur désormais structurelle.

Jean-Louis, caviste de la Cave Coste
Écrit par
Jean-Louis, caviste

Depuis sa cave de Tournon-sur-Rhône, il choisit, goûte et raconte les vins de la vallée du Rhône. Une conviction : un bon conseil vaut mieux qu'une belle étiquette.

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